Festival polar 2012


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  • « Paris blues » de Maurice Attia

    L’histoire :

    En 1970, Paco Martinez après ses mésaventures marseillaises, se retrouve affecté à Vincennes alors qu’Irène est restée à Aix en Provence. Il doit infiltrer la section cinéma de l’université, car un projectionniste a été assassiné et l’arme du crime est une piqûre de mygale. Pour mener à bien son enquête, il doit se faire passer pour un sympathisant de la gauche prolétarienne.

    Sa formation politique laissant à désirer, Virginie, une militante s’en charge et sa rencontre avec Isabelle d’Outremont lui ouvre d’autres horizons…

    L’avis d’Odile :
    Dans « Paris blues » j’ai retrouvé avec plaisir Paco Martinez et Irène que les évènements se sont chargés de faire évoluer dans le temps et aussi dans l’espace.

    Paris ne pouvait être pour Paco qu’un lieu de solitude. Je l’ai senti très humain dans ses essais et ses échecs pour oublier Irène de même que dans ses efforts maladroits pour effacer sa culpabilité et son trop douloureux passé.

    En parallèle la quête d’Irène est tout aussi touchante. Ici, l’enquête passe parfois au second plan alors qu’elle était beaucoup plus présente dans « Alger la noire », mais elle ressurgit au moment où l’on s’y attend le moins. Venus d’horizons différents, les personnages qui gravitent autour montrent bien que pour tout le monde la vie continue.

    Ce que personnellement j’ai trouvé passionnant, c’est l’évolution de cette société des années 70 en train de digérer les bouleversements de 68. Mais ce que je trouve aussi très bien réussi, c’est l’intégration des faits inventés dans des faits d’actualité qui deviennent des éléments à part entière de l’intrigue. L’intrusion de la psychiatrie et de la psychanalyse donne épaisseur, vraisemblance et originalité aux personnages.

    J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir et présentée ainsi la mémoire est belle.

    Maurice Attia était présent au festival Mauves en Noir les 16 et 17 avril 2011.

  • « La frontière » de Patrick Bard

    L’histoire :

    L’hiver 1997, Toni Zambudio, journaliste d’investigation pour le journalespagnol « El Diario » est envoyé à Ciudad Juárez, ville située à la frontière Mexique/USA, bordée par le désert de Sonora. Il doit enquêter sur les viols, tortures, mutilations et assassinats de 53 jeunes filles. Ce sont pour la plupart des ouvrières des « maquiladoras », filiales de multinationales qui les emploient pour un salaire de misère.
    Toni fait son travail, domaine dans lequel il excelle. Il interroge le chef de la police Alfonso Pazos, l’avocat d’un des accusés, se rend à la colonia Fronteriza où vivait Catalina Cruz, une des victimes… et il s’imprègne de l’atmosphère étouffante de la ville. Au fur et à mesure que les pistes se multiplient et que l’horreur pénètre dans sa tête, il se cogne durement à la réalité. Inopinément, le passé ressurgit sous la forme d’un cauchemar récurrent. En effet, enfant, il avait vu assassiner sa mère sous ses yeux.
    Et l’enquête l’entraîne toujours plus loin …
    L’avis d’Odile :
    Sans crier gare, la première scène nous fait pénétrer dans l’univers des « maquiladoras » au travers du vécu quotidien des ouvrières maltraitées jusque dans leur intimité. Dans ces lieux, les murs suent la violence et les êtres humains n’en sont plus. Reste : le profit à tout prix.
    Toni Zambudio est un journaliste comme on les aime avec ses qualités et ses faiblesses. On sent bien qu’il va explorer toutes les pistes qui se présentent à lui.

    A la poursuite de la vérité, il va se trouver confronté à toutes les plaies qui gangrènent ce pays : corruption, drogue, misère … et j’en passe, jusqu’à s’y perdre lui-même.

    Bien construite, l’intrigue distille l’effroi à chaque page et le pire n’est jamais loin. Une éprouvante course à l’abîme se déroule sous nos yeux et avec une violence inimaginable, cette société qui veut toujours davantage de profit broie tout sur son passage. Et si ça nous fait si mal, c’est que cette situation est, hélas, bien réelle.
    Réalité et fiction se mêlent d’une manière tellement intime, qu’il est impossible de rester indifférent.
    A lire absolument.
    Patrick Bard était présent au festival Mauves en Noir 2011.

  • « Corps morts » de Sylvie Rouch

    L’histoire :

     A Grandville, dans le Cotentin, Joël Leborgne, dit Caïn, récite des alexandrins lorsqu’il a un coup dans le nez. Cette nuit là, sous une pluie battante, comme d’habitude, il ressasse ses griefs contre les nantis d’aujourd’hui qui hier l’ont dépossédé. C’est là qu’il voit une tête empalée sur un pieu dans les moulières…
    Arrive François Laguigne qui vient d’apprendre que son père, qui l’avait abandonné lorsqu’il n’était qu’un enfant, vient de mourir à l’hospice en laissant divers papiers, des carnets…
    Pour essayer de comprendre, François se fait embaucher comme manutentionnaire chez Charcot, le mareyeur.
    Les îles anglo-normandes ne sont pas loin, la guerre non plus et le passé est encore présent dans les mémoires. Peu à peu quelques langues se délient…
    L’avis d’Odile :
     Dans ce port, l’humidité imprègne tout. Sylvie Rouch fait ici un portrait très réaliste de ces gens de la mer avec leur force et leurs faiblesses. Avec eux on pénètre dans « La Frégate », le bar où tout se dit, tout se sait et où tous les matelots vont chercher un peu de chaleur et de réconfort. On s’approche de la criée en essayant d’en comprendre le fonctionnement et les codes. Dans ce monde-là, un étranger se sent encore plus étranger surtout s’il s’agit d’un « horsain » venu d’une région éloignée de la mer ou d’une femme qui veut effectuer un métier que l’on pense réservé aux hommes ; mais bien sûr tout peut changer.
    Au travers du destin, parfois tragique de chaque individu, c’est le passé et ses prolongements que l’on capte. On voit comment plusieurs générations vont payer le prix fort pour une action ou une rivalité.
    J’ai aimé cette histoire originale et très vivante. Elle vaut la peine d’être lue.

     

    Sylvie Rouch était présente au festival Mauves en Noir 2011. 

     



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