Il avait déjà seize ans lorsqu’on le retrouva inanimé sur le trottoir, dans un coma léger, près du salon de coiffure « Chez Leonard ». Comme il était totalement amnésique, on l’appela Leonard.
L’Etat se chargea de son éducation et à l’âge de 18 ans, il s’engagea dans l’armée, dans les Forces Spéciales. A 33 ans il devint mercenaire et rentra avant que cela ne tourne mal. Ayant besoin d’argent, il devint « chasseur de primes » et accessoirement tueur à gages, au service du Juge Laupper qui avait trouvé ce moyen pour débarrasser sa ville des éléments indésirables.
Leonard vit à Beckenra City. Si cette ville existait, elle pourrait se trouver n’importe où sur le continent sud-américain. Cernée par des montagnes, traversée par un fleuve aux allures de torrent et d’égout, bordée de marécages, cette cité donne froid dans le dos. C’est une ville d’immeubles, de gratte-ciel et de somptueuses résidences où vivent les privilégiés. Par contre à une dizaine de kilomètres, des « Logements Sociaux Localisés » (LSL) abritent, si l’on peut dire, « les marécageux », tous, des damnés de la terre, auxquels Leonard voue une haine tenace.
Le juge apprécie ses qualités : sa parfaite connaissance des armes, son sang-froid, pas d’état d’âme et très peu d’attaches. C’est pour toutes ces raisons qu’il lui confie ce contrat : éliminer Luth Miller, la bourgmestre de Beckenra City. La tâche s’annonce ardue, d’autant plus que des obstacles imprévus surgissent sur son chemin.
L’avis d’Odile :
Plus j’avance dans ma lecture, plus je me demande par quel procédé Hugo Buan réussit à rendre attachant ce genre de héros, noir et solitaire s’il en est : le tueur à gages. Je n’en sais toujours rien, mais le fait est là, j’ai beaucoup aimé cette histoire qui sort des sentiers battus.
Peut-être à cause du mystère qui l’entoure, de sa curieuse « naissance » à 16 ans … C’est un homme qui n’a aucune pitié et bien qu’il ne se concentre que sur 2 choses : honorer son contrat et assurer sa sécurité, on a malgré tout envie qu’il s’en sorte ; et aussi, peut-être, parce que, quelques détails disséminés ici et là, font de lui un être humain. En effet deux personnes ont l’air de compter pour lui : Mercedes et Castro. De par son passé, ses expériences, sa forme d’intelligence, il semble indestructible. Son attachement fusionnel aux armes, son extraordinaire capacité à les manier, son esprit machiavélique capable de monter n’importe quel improbable scénario, sont sidérants.
Il semble être un pur produit de l’architecture et de la conception de cette ville sortie de l’imagination d’Hugo Buan et qui est un chef d’œuvre de précision dans laquelle rien n’a été laissé au hasard. Elle est omniprésente dans ce récit et joue un rôle primordial dans la déchéance de cette société, pourrie de l’intérieur et qui vacille sur ses bases peuplées de caïmans noirs.
Bref il règne dans cette ville un climat de violence qui peut exploser à tout moment, mais en essayant de deviner qui allume l’étincelle, le lecteur peut s’y perdre et se faire avaler par le Fleuve aux aguets. Rien n’est laissé au hasard et surtout pas les scènes d’action qui sont époustouflantes. Tout au long de la lecture, je n’ai pas eu un seul moment de répit, tout en ayant l’impression d’être la proie d’une implacable mécanique bien huilée broyant tout sur son passage, en accord avec Leonard, jusqu’à ce dernier soit confronté à plus retors que lui.
Surprenant et attachant, c’est un ouvrage à lire absolument.
Hugo Buan sera présent au festival Mauves en Noir les 13 et 14 avril 2013
