A Paris, au parc Montsouris, un févier d’Amérique est le refuge de Karka, un corbeau freu qui vit un peu à l’écart de ses voisins. Depuis son accident, il apprécie la solitude. Il est toutefois l’ami de Krarok, le maître du Conseil des animaux de Paris qui vit dans la charpente de Notre-Dame. Ce dernier le charge d’enquêter sur d’inquiétantes disparitions au Bois de Boulogne, car les corps n’ont pas été retrouvés. Curieusement on murmure que les lions auraient pris possession du bois. Tandis que l’hiver s’installe et que chacun se débrouille comme il peut, l’enquête commence…
L’avis d’Odile :
Le titre peut prêter à confusion. Habituellement le corbeau est un individu malfaisant qui inonde villages et quartiers de lettres anonymes. On s’attend donc à l’entrée en scène d’un être néfaste appliqué à dénoncer ou à salir, son prochain.
Mais ici, point de tout cela et les premiers moments de surprise passés, je me suis laissée embarquer dans ce récit inclassable, dans ces aventures racontées à la première personne par un corbeau à l’aile malade. Je suis entrée dans un Paris où le monde animal côtoie les humains, où la nature est partout présente. Bruissante de vie, elle obéit à ses lois dans une société hiérarchisée. Rien n’est édulcoré, rien n’est superficiel car nous sommes entourés d’odeurs, de couleurs, de froid et de chaleur, et les sentiments sont tout de même proches des nôtres.
Dans un style éblouissant, imagé et réaliste à la fois, l’enquête se déroule sous nos yeux, servie par une langue précise et poétique. La forme sert le fond et tant de virtuosité laisse pantois. Et que dire de la mémoire de ces animaux car notre corbeau enquêteur se souvient, par exemple, de l’aventure peu reluisante survenue jadis et racontée par Monsieur de La Fontaine. Après cette lecture, vous ne pourrez plus regarder autour de vous de la même façon.
Une œuvre originale à lire pour pénétrer dans un monde décalé et envoûtant.
Sébastien Rutés était présent au festival Mauves en Noir les 28 et 29 avril 2012.
