A Grandville, dans le Cotentin, Joël Leborgne, dit Caïn, récite des alexandrins lorsqu’il a un coup dans le nez. Cette nuit là, sous une pluie battante, comme d’habitude, il ressasse ses griefs contre les nantis d’aujourd’hui qui hier l’ont dépossédé. C’est là qu’il voit une tête empalée sur un pieu dans les moulières…
Arrive François Laguigne qui vient d’apprendre que son père, qui l’avait abandonné lorsqu’il n’était qu’un enfant, vient de mourir à l’hospice en laissant divers papiers, des carnets…
Pour essayer de comprendre, François se fait embaucher comme manutentionnaire chez Charcot, le mareyeur.
Les îles anglo-normandes ne sont pas loin, la guerre non plus et le passé est encore présent dans les mémoires. Peu à peu quelques langues se délient…
L’avis d’Odile :
Dans ce port, l’humidité imprègne tout. Sylvie Rouch fait ici un portrait très réaliste de ces gens de la mer avec leur force et leurs faiblesses. Avec eux on pénètre dans « La Frégate », le bar où tout se dit, tout se sait et où tous les matelots vont chercher un peu de chaleur et de réconfort. On s’approche de la criée en essayant d’en comprendre le fonctionnement et les codes. Dans ce monde-là, un étranger se sent encore plus étranger surtout s’il s’agit d’un « horsain » venu d’une région éloignée de la mer ou d’une femme qui veut effectuer un métier que l’on pense réservé aux hommes ; mais bien sûr tout peut changer.
Au travers du destin, parfois tragique de chaque individu, c’est le passé et ses prolongements que l’on capte. On voit comment plusieurs générations vont payer le prix fort pour une action ou une rivalité.
J’ai aimé cette histoire originale et très vivante. Elle vaut la peine d’être lue.
Sylvie Rouch était présente au festival Mauves en Noir 2011.

