Grossir le ciel   -   Franck Bouysse

 

L’histoire commence ainsi :

 

Que peut-il se passer dans ce « coin paumé » des Cévennes ? Le cadre est beau, sans aucun doute mais n’a rien d’idyllique. Il y a la nature puis les animaux et enfin les humains. C’est dire si les conditions de vie sont rudes.

Gus apparaît seul avec Mars son chien, dans sa ferme des « Doges », dans laquelle il vit depuis « plus de cinquante hivers », et ce jour de janvier 2006 ne va décidemment pas être un jour comme les autres. Certes l’abbé Pierre vient de mourir et lui, qui pourtant est protestant, en est tout ému.

Après avoir vaqué à ses occupations, il décide d’aller chasser quelques grives vers la ferme d’Abel, son voisin et certainement son seul ami, aussi taiseux que lui. Pourquoi est-il sorti ce jour-là ? Le brouillard est tombé et soudain éclate un coup de feu venu on ne sait d’où, suivi d’un cri…

 

 

L’avis d’Odile : 

        

Qu’est-ce qui fait que, dès les premières pages, on entre dans ce roman pour ne plus en sortir ? L’âpreté des lieux commence par vous happer et en votre for intérieur vous savez déjà que le destin des êtres qui vivent dans ces contrées ne peut être que tragique.

Mais pourquoi ? Comment ? Il y a peu de chance que vous le deviniez et pourtant  Franck Bouysse distille des indices avec beaucoup de talent. Un va et vient incessant entre passé et présent fait que l’on comprend vite que Gus n’a pas pu sortir indemne des malheurs qui, jusque-là, ont émaillé sa vie.

 

C’est une certitude, le drame va se jouer et il peut venir de partout, de la nature hostile, du voisinage et aussi du monde extérieur. En effet, les émissaires des banques, les sectes évangéliques (suceurs de Bible, comme il les appelle), hommes fortunés appâtés par ses terres tissent leur filets autour de lui, mais il sait s’en protéger avec beaucoup de bon sens et de dérision.

Lorsque du sang apparaît dans la neige près de la ferme d’Abel, on sait que tout est joué. Le talent de Franck Bouysse nous fait tourner les pages avec la peur, de ce que l’on va découvrir, lovée au creux de l’estomac. Mais c’est surtout un roman dans lequel, solitude et violence, s’allient à la nature pour préserver un monde ancien qui inéluctablement va disparaître.

C’est une œuvre poignante et noire, le reflet d’une humanité que l’on peut rencontrer en sortant des sentiers battus, si toutefois on se donne la peine de s’arrêter. C’est surtout pour moi, la découverte d’un écrivain de grand talent.

 

A lire absolument.

             

Franck Bouysse était présent au festival Mauves en Noir les 11 et 12 avril 2015